Diaconie - ERF Région PACCA, 16-17-18 novembre 2007

Texte de présentation pour le cahier synodal

La Diaconie, le service, existe depuis l’origine de l’Eglise. Ses formes ont varié selon les périodes. Mais la Diaconie fait bien partie de la vocation de l’Eglise, comme la prédication de l’Evangile.
La laïcité en France a conduit à différencier les associations cultuelles et les associations ou fondations à caractère social, médico-social, sanitaire. Quelquefois le temps et les circonstances ont produit une certaine distance entre Eglises et associations engagées dans le service : professionnalisation des salariés, règles administratives, mais aussi tensions entre les projets et les théologies des uns et des autres.
Il vaut la peine aujourd’hui de faire le point. Et au-delà d’insister sur quelques enjeux :
-         Comment consolider les liens entre Eglises et Etablissements de service de référence protestante ?
-         Comment soutenir et relancer les Diaconats-Entraides des Eglises locales, pour quelles missions ?
-         Et surtout, quels sont les nouveaux défis auxquels Eglise et Diaconie sont appelées à répondre dans notre société inquiète et déchirée ?

Intervention préliminaire

Introduction :
Peut-on dire tout de go ce qu’est la diaconie aujourd’hui ? Ce qu’elle devrait être ? Nous savons que le service des autres (dans la communauté, et hors de la communauté) existe depuis les débuts de l’Eglise. Mais ce service a pris des formes très variées au long des siècles. Et aujourd’hui encore, il peut prendre des visages très différents.
Je voudrais parcourir à grandes enjambées l’histoire de la Diaconie, avant de vous présenter un tableau de ce qu’elle représente dans le protestantisme français. Ce n’est qu’ensuite, mais avec ces éléments en mémoire, que nous pourrons essayer de discerner les tâches « diaconales » auxquelles nous sommes appelés. 

I. SITUER DANS LA LONGUE DUREE

1. Rappels bibliques et historiques :

La Diaconie commence avec la première Eglise. Mais il faut entendre qu’elle est précédée par l’histoire du peuple hébreu et du peuple juif. Par l’histoire d’un peuple formant une société soumise aux commandements et aux paroles du premier testament. Il n’y a pas vraiment de diaconie, de service des plus pauvres et des plus exclus, dans ce contexte. Il y a plutôt, chez les prophètes et chez les légistes (Deutéronome), une exigence de justice sociale : bien des textes appellent à un retour à l’égalité (voir les textes sur le jubilé) et à un souci des plus pauvres en terme de droits aux mêmes biens (plutôt que de compassion).  Il faut nous en souvenir quand nous parlons de Diaconie. Le service est précédé par une exigence de justice, d’égalité, de droits partagés…même s’il s’agit là d’un seul peuple.
Peut-être reprendre cela au moment où nous pouvons considérer que l’humanité forme maintenant un seul peuple, non seulement d’un point de vue théologique, mais du point de vue de la mondialisation.

Mais l’Eglise servante, diaconale, est aussi précédée par quelqu’un d’autre : par Jésus de Nazareth. Et là encore, c’est différent de la diaconie communautaire : le souci de l’autre est une démarche personnelle. Et celle de Jésus revêt une forme particulière me semble-t-il. Quand nous lisons le récit de ses miracles, de ses guérisons, nous lisons des histoires de réinsertion des exclus. Il permet et il souhaite que ceux qui viennent à lui retrouvent leur place dans la société qui les tenait en marge. Il n’y a pas de communauté particulière à laquelle ils seraient appelés à adhérer.
Et quand ils s’adressent aux pauvres, aux humiliés, c’est pour proclamer qu’ils ont autant de valeur aux yeux de Dieu que les autres hommes, et peut-être même plus de valeur !
Peut-être reprendre cela au moment où nous demanderons ce que peut être notre attente envers celles et ceux que nous voulons servir.

La Diaconie apparaît donc avec la première communauté chrétienne. Vous connaissez l’histoire du souci des veuves hellénistes. Si des hommes sont appelés à organiser un service particulier, c’est que l’enthousiasme et le partage des biens que vivait la première communauté n’avaient pas empêché cependant qu’on oublie les difficultés d’une partie des membres de la communauté, celles qui avaient le moins de soutien, les « invisibles ».
Là encore il faudra s’en souvenir.
Mais il faut faire une autre remarque sur la situation de la première Eglise : elle est en attente du retour du Christ. En attente d’une sorte de « fin du monde ». Et c’est dans ce contexte là qu’elle fonctionne en autarcie, et qu’elle abandonne la production de biens et de richesses pour vivre dans la simplicité et le partage.
C’est une pratique assez proche de celles de certaines sectes aujourd’hui. Mais c’est peut-être aussi une manière d’être exemplaire dans un temps dont on pense qu’il va bientôt finir. Là encore on pourrait en garder le souvenir à notre époque d’inquiétude.

Que se passe-t-il dans ce qu’on pourrait appeler l’Eglise ancienne ? L’Eglise qui se développe dans les villes de l’Empire romain, mais qui est encore minoritaire. Il faut constater que c’est la grande époque de la Diaconie, avec l’institution très précise du ministère de diacre à côté de celui de l’évêque. Qu’est-ce qu’il se passe alors ? Dans une société romaine marquée par les contraintes du « clientélisme » et par le rôle des jeux, l’Eglise offre une autre socialisation à toute une partie des citadins : elle offre à celles et ceux qui ont faim de recevoir de la nourriture plutôt que d’être soumis au patronage des riches, elle offre à celles et ceux qui cherchent un sens à leur existence un lieu différent d’attachement et de vie commune plutôt égalitaire. Il faut ajouter encore ceci : c’est le moment où la vie liturgique donne toute sa place à cette dimension diaconale. Par exemple, les dons en nature sont réunis par le diacre, et c’est de ces dons en nature qu’il tire les espèces pour la Cène.
Cette sorte d’alternative non violente à la société dominante, à ses divisions sociales et à ses spectacles faits pour endormir et maîtriser le peuple, cette ouverture aux personnes sans repères d’une société en crise, il faudra peut-être s’en souvenir.

Passons à une autre grande époque, au Moyen-âge. Nous avons là une Eglise qui gère la solidarité avec ses hôpitaux et ses distributions alimentaires. C’est l’Eglise comme dernier rempart et dernier secours pour les plus misérables. Mais comment trouve-t-elle ses moyens cette Eglise si charitable ? En tenant un discours explicite sur le thème : « s’il existe des pauvres c’est pour que les riches puissent être sauvés par leur générosité, par leurs dons». En dehors même du fait que l’Eglise s’enrichit avec ce discours, elle légitime aussi l’ordre social et ses inégalités criantes.
Il ne faut pas croire que ce discours soit complètement oublié : des économistes libéraux comme Hayek, au vingtième siècle, considèrent que toute intervention sociale de l’Etat est nocive, d’autant plus qu’elle ferait négliger aux riches leur devoir d’assistance. Et peut-être faut-il considérer aussi certains avantages fiscaux aujourd’hui concédés aux dons aux œuvres comme une continuation de cette manière de voir les rapports entre riches et pauvres ?

Que se passe-t-il à la Réforme ? Il y a des modèles relativement différents selon les villes et les pays concernés, mais je voudrais souligner trois aspects : D’abord le souci matériel des pauvres et des malades est transféré des ordres religieux (que l’on « nationalise ») au Magistrat, à l’ordre politique responsable. Ensuite qu’est recréée une fonction de Diacre à caractère d’entraide dans la communauté. Et enfin, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que sont exclus, et chassés des villes protestantes (et des autres), celles et ceux qui ne sont pas considérés comme des « vrais pauvres » ou qui ne sont pas originaires de la ville, ou qui ne sont pas des réfugiés pour la foi.
Nous voyons là des distinctions entre rôle des Eglises et rôle de l’Etat, entre pauvres qu’on veut bien aider et pauvres suspects qu’il faut renvoyer ailleurs…des distinctions qui peuvent encore éclairer certaines de nos manières de voir.

2. Evolutions en France

A partir de là, je voudrais surtout souligner quelques unes des évolutions que la France a connu dans le domaine social. D’autres expériences, d’autres évolutions ont eu lieu dans d’autres pays, mais nous sommes sûrement marqués en France par notre propre évolution.

- La référence centrale en France, c’est la Révolution française. Elle instaure l’égalité civile, mais elle détruit les solidarités « organiques ». Et surtout elle a une action sociale limitée. Tout au long du XIX° siècle, il s’agira de protéger la société des pauvres, des « classes dangereuses » et si nécessaire de les enfermer. Les citoyens « libres » sont renvoyés à leur responsabilité personnelle et familiale. L’égalité civile ne veut pas dire une égalité sociale. A chacun de se débrouiller pour devenir propriétaire !
On peut se demander si aujourd’hui ce discours n’a pas de nouveau (ou encore) cours ?

- Pendant tout le XIX siècle, c’est le plus souvent l’Eglise catholique et ses ordres religieux en expansion, qui est chargée de la charité, de l’hôpital, voire de la gestion des prisons. Dans une telle société où le pouvoir d’accompagner les malades, les orphelins, les personnes âgées sans ressources, les déshérités est aux mains des catholiques, les protestants créent leurs propres établissements pour leurs coreligionnaires en  difficulté : orphelinat, asiles…
On était  encore dans une société où chacun ou presque est repéré par sa religion.

 - Le XX° siècle va être celui de la laïcisation progressive des institutions hospitalières et sociales, dans le prolongement de la séparation des Eglises et de l’Etat, de la sécularisation de l’éducation, mais aussi du développement de la médecine et de nouveaux rapports à la maladie et à la mort que génère une science triomphante.
C’est aussi au milieu du XX° (en France) que se met en place une protection sociale universaliste qui doit permettre à chacun d’être soigné selon ses besoins (et non selon ses ressources), de disposer de ressources convenables en cas d’accident ou de chômage et à l’âge de la retraite. Une protection sociale dont les moyens augmentent avec la croissance des trente glorieuses. Dans ce contexte, les associations privées disparaissent ou se transforment en répondant aux normes établies par la puissance publique, en bénéficiant de ses financements et en offrant leur service sans distinction.

Mais deux autres évolutions doivent être encore mentionnées :

- Le retour de la grande pauvreté, ou plutôt l’incapacité de la société française à apporter une réponse à la crise économique du dernier tiers du XX° siècle. Il faudrait pousser loin une analyse de cette situation. En tout cas elle entraîne une sorte de retour de la solidarité, de remise en marche des initiatives caritatives.

- Mais dans le même temps ce qu’il ne faut surtout pas oublier c’est l’entrée du marché et le développement des sociétés à visée de profit dans le domaine de la santé, du médico-social avec les maisons de retraite à but lucratif, et pourquoi pas bientôt le social ? La santé, le soin à autrui, l’aide aux personnes deviennent des produits ou des services mis en vente et soumis à concurrence.
Tout cela pose des questions de fond, qui ne concerne pas seulement le devenir des associations et des établissements privés NON LUCRATIFS, mais qui concerne surtout notre conception même de la solidarité, de la protection sociale, et de la manière dont elle peut s’exercer.

II. SE SITUER DANS LE PRESENT

Nous nous sommes situés dans la longue durée. Je voudrais maintenant vous proposer une description succincte de la Diaconie protestante en France aujourd’hui, des questions qu’elles se posent sur elle-même et en fonction de son environnement.

1. La Diaconie protestante en France -description :

a. Les associations gestionnaires membres de la FEP et leurs secteurs d’activité :
Peut-être deux cents associations ou des fondations qui sont engagées dans plusieurs secteurs : - le sanitaire, avec encore quelques hôpitaux et maisons de santé…et écoles d’infirmières.
- les personnes âgées avec près de 80 maisons de retraite (et quelques services à domicile), des associations gérant souvent un seul établissement, isolées et soumises à réglementation et à une rude concurrence.
- les personnes handicapées, avec souvent des associations importantes gérant plusieurs établissements et développant de nouvelles structures, dans un contexte de pénurie. A signaler que les pouvoirs publics vont vers l’instauration d’un 5° risque qui réunira les pertes d’autonomie dues à l’âge ou au handicap.
- le social qui s’est souvent développé ces vingt dernières années, avec des structures d’accompagnement, d’hébergement, d’accès au logement pour personnes en situation d’exclusion.
Plus les organismes de formation, les Foyers de jeunes, les centres sociaux….
Dans ces associations sont présents et actifs des milliers d’administrateurs, de bénévoles, de salariés.

b. Les associations d’Entraides ou Diaconats :
Une diversité de visages, voir les réponses au questionnaire dans votre région.
Presque un diaconat par Eglise locale, avec des activités d’écoute, des distributions alimentaires, des vestiaires, des accompagnements plus ou moins précis de personnes isolées (hors ou dans l’Eglise), mais aussi du financement et de l’accompagnement d’actions de solidarité avec le Sud (associations ou Eglises) au gré des rencontres et des intérêts des membres des Entraides.
Là encore des milliers de bénévoles, plus ou moins investis, et qui collaborent souvent dans leurs activités avec d’autres associations (laïques, catholiques…)

c. Il faudrait rajouter tous ceux et toutes celles qui sont engagés dans des associations laïques, ou dans des métiers du sanitaire, du médico-social et du social,  pour qui cet engagement professionnel a quelque chose à voir avec leurs convictions protestantes. Très peu de ceux-là trouvent dans les Eglises, les communautés auxquelles ils appartiennent des occasions de parler de leur métier, des souffrances qu’ils partagent, des échecs et des difficultés qu’ils vivent ? (AMSP…)

d. Et pour compléter le tableau, il faut souligner que les milieux évangéliques commencent à connaître une certaine créativité dans tous les domaines mentionnés : entraides ouvertes sur l’extérieur, établissements pour personnes âgées, … La Diaconie n’est pas qu’une affaire d’engagement social des réformés et des luthériens !

2. La Diaconie protestante en France – ses questions « internes »:

a. S’il est réjouissant de constater la richesse et la diversité des associations diaconales protestantes, il n’en demeure pas moins que des questions se posent sur son avenir : d’abord dans bien des associations gestionnaires sur le renouvellement des administrateurs (bien des conseils sont vieillissants et ne voient pas comment attirer de nouveaux membres), mais aussi sur les capacités d’initiatives des associations (Il faut entrer dans des démarches de prévisions à moyen et long terme, et ne pas simplement « maintenir ». Il faut aussi accepter de prendre des risques quand il s’agit de construire une maison de retraite, d’abandonner de vieux locaux pleins d’histoire et investir sur 35 ans….)

Une autre série de questions se pose quand au recrutement de salariés et à l’appel à des bénévoles qui partagent le projet de l’association et sa référence protestante.

b. C’est d’ailleurs cette référence protestante qui préoccupe un certain nombre des associations, gestionnaires en particulier: comment peut-elle se vivre ? Comment peut-elle se manifester, notamment dans un contexte fortement laïcisé où on craint parfois de dire son protestantisme et ses convictions autrement que dans le nom de l’association…et encore ?
Cette référence protestante passe-t-elle par une éthique particulière dans l’accompagnement et le soin ? Ce n’est pas toujours évident. Passe-t-elle par un mode de gouvernance de l’association, des établissements et de leurs salariés ? Là aussi ce serait assez prétentieux de l’affirmer d’une manière trop péremptoire. Passe-t-elle alors par l’existence d’une aumônerie ? Ce pourrait être une réponse, mais il faudra certainement préciser les contours de ces aumôneries….et ne pas les réserver aux seules maisons de retraite !
Il y a tout un travail en cours dans ce domaine. Ma conviction en tout cas, c’est que cette référence protestante ne peut plus être simplement implicite. Elle doit donner lieu à une réflexion dans les Conseils, et à une expression auprès des salariés, des bénévoles et des usagers. Non pas pour en faire des protestants, mais pour qu’ils puissent comprendre et accéder librement à ce qui porte la vie de l’association.

c. Est-ce une question interne ou externe ? En tout cas se posent encore souvent la question des relations des associations, en particulier les associations gestionnaires, avec les Eglises. Les associations se sentent parfois peu soutenues par les Eglises et leurs responsables. Même si certains dirigeants ont fait quelquefois le choix de se tenir en marge des Eglises locales (suite souvent à des conflits de personnes), aujourd’hui le souci est plutôt de trouver dans les Eglises un appui, une ressource d’administrateurs et de bénévoles, voire de professionnels. Mais sans doute la préoccupation est-elle plus large : comment la dimension de l’engagement diaconal est-elle prise en compte dans les Eglises, qui se tournent aujourd’hui vers l’annonce explicite de l‘Evangile et en oublient peut-être la visibilité, le témoignage publique qu’offrent les associations au protestantisme ?

3. La Diaconie protestante en France –ses questions « externes » :

Nous l’avons vu dans la première partie, la Diaconie apporte des réponses variables en fonction du contexte dans lequel elle s’exerce. Le contexte l’oblige à se poser des questions sur son rôle et ses pratiques.

a. Comment se situer dans une société qui a développé un large éventail de prise en charge mais reste cependant inégalitaire, génératrice de pauvreté, plus ou moins cynique devant aveugle devant la souffrance ? Faut-il apporter des réponses pratiques à chaque blessure, ou faut-il appeler à la justice pour que les pouvoirs publics changent les priorités ? Faut-il s’engager dans ce qu’on a appelé une « diaconie interstitielle » (qui s’occupe des personnes oubliées de la protection sociale) ou s’organiser pour « changer la société » ? Peut-être d’ailleurs le choix n’est-il pas entre les deux, mais de faire les deux à la fois ?

b. C’est là que se jouent les liens avec les pouvoirs publics.  Les associations se retrouvent souvent prestataires de services, sollicitées par les pouvoirs publics ou répondant à leurs « appels d’offre », avec le souci d’avoir les moyens financiers de maintenir et de développer leurs activités. Comment peuvent-elles être engagées dans des dispositifs conduits par l’Etat ou les départements et en même temps porter leur propre projet, innover, et exprimer des préoccupations qui ne sont pas reconnues ?

c. Mais finalement, quels sont les problèmes de fond de nos sociétés ? J’en relèverai trois :
- le problème de l’isolement, de la solitude, chez les personnes âgées, mais aussi dans bien d’autres cas (voir les statistiques du Secours Catholique sur les « familles mono-parentales », principales victimes de la pauvreté). Un isolement et une solitude multipliés par l’idéologie de la réussite personnelle, et de la concurrence. C’est le problème du « lien social » qui se désagrège.
- l’autre problème, j’en ai déjà parlé : c’est celui de la mise dans « le marché », dans les circuits économiques, de la relation et du soin à autrui. La notion de service d’intérêt général, de solidarité dans la société, est dominée par la notion de rentabilité. Je donne comme exemple les discours sur la situation de la Sécurité sociale. On nous a habitués à parler du « trou de la Sécu » qu’il faudrait résorber en économisant, mais pourquoi ne dit-on pas qu’il y a un problème de ressources de la Sécu, ressources à trouver si notre choix commun est de proposer une protection sociale pour tous ?
- En fait, vous l’avez bien compris, le problème de fond, c’est bien celui de notre volonté de « faire société », et donc d’une certaine manière de notre  compréhension individuelle et collective du sens de l’existence. Dans une société où chacun est renvoyé à lui-même, tout échec, toute rupture, tout licenciement peut conduire à un écroulement de la volonté de vivre (combien ai-je vu de personnes à qui on apportait des aides précises, mais qui ne les saisissaient pas faute de « raisons de vivre » !).

Olivier Brès
Secrétaire général de la FEP