Aperçu d’histoire de la Cimade

Introduction

Les éléments d’histoire de la Cimade, que le texte suivant regroupe, s’adressent en premier lieu à tous ceux qui contribuent, d’une manière ou d’une autre, comme bénévole, salarié, membre des instances (Assemblée générale, Conseil), membre associé, ami ou donateur, aux missions de la Cimade.

Cet aperçu n’a aucune prétention à faire œuvre d’historien. Il peut éventuellement encourager des professionnels d’histoire contemporaine à approfondir, préciser et écrire plus complètement une histoire exceptionnellement riche qui ne finit pas. Les archives de la Cimade sont abondantes et accessibles.

Le but de ce panorama des évènements jalonnant 70 années du Service Œcuménique d’entraide (autre dénomination de la Cimade) est de souligner ses fondements spirituels et intellectuels ainsi que les évolutions de l’association liées aux évènements internationaux.

Selon l’article 1 de ses statuts, « la Cimade est une forme de service que les Églises veulent rendre aux hommes au nom de l’Évangile libérateur. Elle travaille en liaison avec le Conseil Œcuménique des Eglises, la Fédération Protestante de France, l’Église Orthodoxe en France, et collabore avec divers organismes catholiques et laïques, notamment au service des réfugiés, des travailleurs migrants, des détenus et des peuples des pays en voie de développement.» La proclamation dans les statuts de rendre service au nom de l’Évangile libérateur et de travailler en réseau avec des Églises chrétiennes et des organismes laïcs lui est très spécifique et est ancrée dans ses origines.

 Le service que rend la Cimade a toujours une dimension spirituelle sans laquelle le sens de ses actions serait perdu. C’est aussi ce qui motive un millier d’équipiers bénévoles et une centaine d’équipiers salariés.

C’est dès le début de la seconde guerre mondiale que la jeunesse protestante, nourrie par une réflexion théologique et humaniste, s’est engagée auprès des persécutés. À la libération, la Cimade a contribué à l’œuvre de réconciliation et de reconstruction sociale. Les conséquences des dictatures et de ladécolonisation puis la guerre d’Algérie  ont été ensuite ses champs de mission. L’immense question des étrangers, des migrants et des exilés venant chercher refuge en Europe est maintenant au cœur de son travail.

Les années 30 et la seconde guerre mondiale. L’ancrage théologique. La naissance de la Cimade

Dans les années 30, l’Europe est en détresse. L’œuvre perverse du nazisme atteint des sommets. La pensée protestante, en France comme en Allemagne, n’est pas inactive devant les prémices de la tragédie.

Roland de Pury, pasteur à Lyon, analyse en juillet 1933 dans la revue Foi et Vie « la crise de l’Eglise allemande et la révolution nationale-socialiste. »

Les synodes protestants de Barmen (près de Wuppertal), en 1934, poussent un cri de détresse et s’élèvent contre une prédication de l’Église aux ordres de l’Etat et contre la mise au pas du protestantisme allemand avec le slogan « un peuple, un empire, un chef. »

Martin Niemöller, à l’origine de l’Église confessante en Allemagne, écrivait en 1935 : « Lorsqu’ils ont arrêté les communistes, je n’ai pas élevé la voix ; lorsqu’ils ont interné les juifs, j’ai gardé le silence ; lorsqu’ils s’en sont pris aux sociaux-démocrates, je me suis tu … Lorsqu’ils sont venus me prendre, il n’y avait plus personne pour me défendre. » Il est mis à la retraite par le pouvoir et milite ensuite en faveur de la paix.

Dietrich Bonhœffer, pasteur et théologien protestant, lutte dès 1933 contre « la clause aryenne » qui exclut de la communauté ecclésiale les Chrétiens d’origine juive. Il est exécuté par les nazis en 1943. Sa théologie est centrée sur le rôle du Chrétien dans un monde sécularisé.

Le pasteur Marc Bœgner, Président de la Fédération protestante depuis 1929, axe ses conférences de Carême en 1939 sur le thème « L’Evangile et le racisme. » Il prit la défense des juifs auprès du gouvernement de Vichy : Pétain, Darlan, Laval… Il fut coprésident du Conseil Œcuménique des Églises.

Le pasteur Pierre Maury, Président de la « Fédé » (Fédération Française des Associations Chrétiennes d’Etudiants), écrivit : « Si les jours viennent où les exigences de l’État français sont inacceptables, souvenez-vous qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. »

En juillet 1939, se tient la Conférence mondiale de la jeunesse chrétienne à Amsterdam. De nombreuses rencontres œcuméniques, internationales, ouvertes sur les questions sociales, suivent. Les jeunes chrétiens protestants sont nourris par le débat intellectuel et le partage des idées avec le mot d’ordre de Karl Barth « la journée doit commencer avec une Bible dans une main et le journal dans l’autre. »

Karl Barth écrit en décembre 1939 une Lettre aux protestants de France : « Si Jésus soutient, console et encourage son Église, c’est pour qu’elle soit son témoin. C’est précisément en vue de ce témoignage que la grâce lui est faite de voir. Elle ne saurait donc se contenter d’observer les évènements de façon passive, bouche bée. Si la communauté chrétienne gardait le silence et si elle observait le cours des évènements en simple spectatrice, elle perdrait sa raison d’être. »

Septembre 1939 voit l’invasion de la Pologne et l’entrée de la France dans la guerre. Suzanne de Dietrich, Secrétaire générale de la FUACE (Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d’Étudiants) présenta un rapport sur ce que vivaient les alsaciens lorrains évacués dans les départements du centre et du sud de la France. Elle s’adressa au Comité Inter-Mouvements de jeunesse (le CIM), réunissant Éclaireurs Unionistes, Unions Chrétiennes de Jeunes Gens et de Jeunes Filles et Fédé, en vue de « témoigner de l’amour du Christ. »

Le 18 octobre 1939, à Bièvres, les dirigeants du CIM, créent la CIMADE (Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués) pour venir en aide, notamment, aux populations évacuées d’Alsace et de Lorraine, au nombre de 200.000 environ. Des équipes sont constituées (d’où le terme d’équipiers encore en usage aujourd’hui) qui accomplissent un travail à la fois d’évangélisation et social auprès des évacués alsaciens. Madeleine Barot, appelée et soutenue par Marc Bœgner, est Secrétaire générale de la Cimade, pendant toute la durée de la guerre et au-delà, Violette Mouchon (Commissaire nationale EU) étant présidente.

Les persécutions 1940-1945. La Cimade entre dans les camps puis organise une résistance

Le régime nazi développe le système de l’internement administratif des juifs et des ennemis du régime. Plus de 40 000 internés (juifs étrangers notamment et réfugiés politiques opposants au régime nazi) sont recensés dans les camps d’internement et centres d’accueil du Ministère du travail dès 1940 : Gurs, Agde, Argelès, Rivesaltes, Aix, Brens… . La Cimade entra dans les camps. Elle s’y occupait des problèmes matériels comme des besoins psychologiques et spirituels. Dans les camps, «l’activité culturelle et cultuelle surgissait comme une protestation de vie. »

En novembre 1942, les forces allemandes franchissent la ligne de démarcation. Le Comité de la Cimade ne peut plus se réunir. La Cimade passe alors d’une présence de solidarité à la résistance. Elle camoufle des gens, aide à traverser des frontières et constitue des états civils et des faux papiers. Un petit secrétariat est organisé 47 rue de Clichy. Madeleine Barot, énergique, organisatrice, crée un réseau de partenaires (Quakers, Croix-Rouge, …) avec lequel elle négocie la création de centres d’accueil de la Cimade pour sortir des internés des camps et les sauver de la mort : Le Coteau fleuri  au Chambon-sur-Lignon (avec les pasteurs Trocmé, Theiss), le foyer Marie Durand à Marseille, le foyer YMCA de Toulouse, et d’autres encore dans le Tarn ou près de Tarascon. Suzanne de Dietrich et le pasteur Visser’t Hooft (Secrétaire général du CŒ) organisent des rencontres et la Cimade apporte son témoignage de réalités occultées et difficiles à appréhender. Cela conduit aux thèses du groupe de Pomeyrol en 1942, traitant notamment, des rapports de l’Église et de l’État, du respect des libertés individuelles, de l’antisémitisme.  «  Tout en acceptant les conséquences matérielles de la défaite, l’Église considère comme une nécessité spirituelle la résistance à toute influence totalitaire et idolâtre. »

En juillet 1942 a lieu la rafle du vélodrome d’hiver. Il faut faire du chiffre ! La Cimade organise des évasions vers la Suisse, en relation avec le Conseil Œcuménique des Églises en création à Genève.

En novembre 1942, la Cimade installe son siège à Valence.

De nombreux villages alsaciens, presque entièrement protestants, sont accusés d’être pro-allemands. C’est le cas d’Oberhoffen où quatre baraques sont installées pour loger des familles et les équipiers Cimade.

« Ce n’est pas la charité que nous avons exercée pendant la guerre, du moins pas seulement ; nous avons voulu exprimer notre solidarité avec les victimes. »(Madeleine Barot). La Cimade est une association de solidarité.

La Libération et le travail de réconciliation

Dès la libération de Paris, Madeleine Barot entre au camp de Drancy.

Après 1945, quinze millions de réfugiés sont dépourvus de tout. La Cimade s’occupe des 3 catégories de réfugiés définies par l’Organisation Internationale des Réfugiés (devenue Conseil Œcuménique en 1950) : Personnes déportées, réfugiés des pays satellites de l’URSS et réfugiés statutaires. Quatre vingt millions de personnes sont arrachées à leur foyer : juifs étrangers, Espagnols républicains, dissidents fuyant les pays satellites.

René Courtin demande à la Cimade d’être présente dans les camps rassemblant des suspects de collaboration. C’est le début du service prisons.

La Cimade est présente dans des lieux de reconstruction sociale, dans les villes sinistrées par les bombardements : Caen (baraque à l’abbaye aux hommes, seul lieu habitable dans Caen en ruines), St Lô (baraques), Condé-sur-Noireau (foyer), Le Havre (baraque à Frileuse, cité Montgeon, péniches), St Dié (baraque culturelle), Boulogne (sauvetage de 2 déserteurs allemands, locaux d’église, baraques, dons de l’Eglise américaine de New-Rochelle), Calais (baraques Cimade), Dunkerque. Visites de la Cimade dans les villes de l’Est. Installation de nombreuses baraques : Ostheim, Wittelsheim, Oberhoffen, etc.

Un centre d’hébergement Cimade est créé, 25 rue Blanche à Paris, dans les locaux de l’Église allemande pour les étrangers de passage. Plusieurs autres centres d’accueil à Paris (qui reçoivent mensuellement 1000personnes) sont installés à Sèvres, Sucy-en-Brie, Bellevue, Chambon-sur-Lignon. Un bureau est créé à Montpellier, centre d’émigration espagnole.

La Conférence Chrétienne de la jeunesse à Oslo en 1947  « rappelle au monde ce qu’est le respect de la vie, de la personne humaine, de l’ordre juridique, de la parole. »

Le Conseil fraternel franco-allemand (Bruderrat) est créé en 1948. Des foyers Cimade sont créés à Mayence (la baraque Cimade) puis Ludwigshafen, Bonn, Berlin. Des missions universitaires sont organisées par la Cimade à Mayence jusque dans les années 50.

Devant l’afflux de réfugiés de l’Est, notamment d’Allemagne de l’Est, La Cimade offre une écoute, des conseils, une orientation juridique. La Cimade travaille avec l’aumônerie militaire du secteur français  en Allemagne dont l’aumônier est Georges Casalis. Le Service réfugiés est créé.

À la demande des Églises allemandes, dans un souci de réconciliation et une perspective œcuménique, la Cimade est présente en Allemagne, dans la zone française. Elle organise parallèlement l’accueil d’étudiants allemands en France. « Ni la rancune, ni la hargne, ni le silence stérile, ni l’oubli passif ou sentimental ne nous permettront d’en sortir. »

Les réfugiés de Pologne arrivent. Paul Evdokimov, prêtre et théologien orthodoxe fait entrer les orthodoxes à la Cimade. Il crée en 1945, un Centre à Sèvres puis le Centre de Massy en 1959, où la Cimade est toujours.

Deux maisons d’accueil pour les réfugiés russes de la concession française de Shangaï sont créées à Cannes et Saint-Raphaël. Elles accueillent des vieillards réfugiés de Trieste, de Chine, d’Iran. Les maisons de retraite sont sous la responsabilité de la Fondation Tostoï et de la Cimade.

La Cimade est présente dans les camps de réfugiés indochinois (Tonkin, Vietnam, Eurasiens) en France. Ce travail est fait en coopération avec le Secours Catholique.

Le HCR est créé en 1950, sous les auspices de l’ONU.

L’OFPRA est créé en 1952.

En 1954, la Cimade a rencontré  plus de 8000 réfugiés.

La décolonisation et le rayonnement international

Une coopération est instaurée entre Cimade, YWCA, CŒ. Bien que petite, la Cimade doit son dynamisme à sa liberté, son caractère de mouvement et à l’engagement de nombreux laïcs. Un frère de Taizé, frère Laurent, est équipier de la Cimade.

Un foyer de jeunes filles est créé à Tananarive.

Des rencontres sont organisées au Cameroun, aux Etats-Unis, Mexique, Afrique, Amérique du Sud, Haïti.

L’accueil de réfugiés d’Amérique latine, fuyant les dictatures, s’organise. Ils arrivent du Chili (conséquence du coup d’Etat de 1973), d’Argentine, du Brésil, de Bolivie, de Colombie, du Salvador, du Pérou, d’Equateur, d’Uruguay. Beaucoup d’entre eux conservent maintenant des relations étroites avec la Cimade.

La Cimade, au nom du CŒ, répartit les vivres et vêtements du Church World Service en France et dans les postes missionnaires d’Afrique Occidentale Française.

Un foyer dispensaire est créé à Bopp à Dakar en 1955. Il donne naissance à une association sénégalaise d’entraide devenue depuis plus grande que la Cimade : l’USE.      

Une aide est apportée à des militants indépendantistes angolais pour sortir du Portugal. Avec l’appui, via Marc Bœgner, du Ministre des affaires étrangères, Couve de Murville, de l’ambassadeur des USA à l’ONU et des Fraternels Workers.

Accueil de Russes blancs de Chine et de Mandchourie.

Rencontres œcuméniques sur la paix.

Le service Développement est créé pour manifester une solidarité avec le tiers-monde.

La sécheresse au Sahel en 1973 puis la grande famine en Ethiopie conduisent à des actions de solidarité, par exemple avec l’Église orthodoxe éthiopienne.

C’est ensuite l’accueil de réfugiés du sud-est asiatique.

Un Service œcuménique d’entraide est créé en Haïti.

Une Solidarité avec le peuple Kanak est exprimée en 1987.

Des missions en Bosnie sont conduites en 1993.

La guerre d’Algérie et le travail de réconciliation

À la demande du CŒ et avec son financement, la Cimade  implante dès 1957 à Alger, puis à Médéa, une équipe féminine. Il est estimé que le plus gros du travail se fera parmi les femmes et les enfants.

Une solidarité se met en place avec les Églises réformées en Algérie et des associations locales, notamment avec le Comité Chrétien de Service en Algérie (CCSA). Avec l’appui du Church World Service, le Service d’entraide protestant de Suisse, la Croix-Rouge, le Secours Catholique, la Cimade distribue vêtements, vivres et vitamines à Orléansville, Médéa, Palestro, Tizi-Ouzou, Cherchell, Tienet, Collo. La Cimade est autorisée à entrer dans les centres d’assignation à résidence en 1958.

Un numéro spécial de l’hebdomadaire Réforme est rédigé avec la Cimade en novembre 1959, dénonçant une catastrophe nationale, notamment dans les « camps de regroupement » et appelant déjà à la « reconstruction. »

La Cimade lance un appel aux Églises protestantes pour méditer sur les causes de la guerre et les responsabilités. En 1960, un appel à l’arrêt des combats est lancé recommandant le recours à des négociations, même avec des interlocuteurs précédemment récusés. Les équipiers de la Cimade sont engagés dans des secours d’urgence, mais aussi  dans « la préparation d’une vie ensemble. »

Des attentats se multiplient en France. Le Préfet Papon émet une Circulaire en octobre 1961 pour « mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes algériens » par le couvre-feu. Suit le drame du 17 Octobre au métro Charonne. La Cimade travaille avec Vie Nouvelle et le Secours Catholique. Création du service Nord Africain.  Déchaînement des passions. La Cimade combat la perversion du racisme. « Le racisme le plus vil qui soit parce qu’on trie les gens comme on trie les lentilles ! » selon Maître Mourad Oussedik.

Accueil à Marseille, en juin 1962, des rapatriés d’Algérie, avec l’Église réformée et la Fédé. La Cimade est présente dans des camps de réfugiés, d’anciens Harkis, dans les Cévennes.

En octobre 1962 Marc Bœgner, président de la Cimade et Jacques Beaumont, Secrétaire général, lancent un appel pour « soutenir les Chrétiens d’Algérie en participant avec eux, dans un esprit fraternel, à l’œuvre de reconstruction. » La Cimade, avec le CCSA et plus largement avec la communauté œcuménique (Mission méthodiste, Entraide suisse) et la population algérienne, crée des équipes professionnelles et entreprend notamment des travaux de reboisement dans le Constantinois (plus de 100 millions d’arbres sont cultivés et plantés).

La Cimade apporte encore aujourd’hui son appui à ses partenaires en Algérie. Par exemple à l’Église protestante de Constantine.

La défense des droits des étrangers – Agir sur les causes du rejet et de la misère

Il est évident pour la Cimade qu’il est indispensable de réfléchir aux causes des situations d’exil et d’exclusion afin de tenter d’infléchir les politiques, que ce soit ici, en France et en Europe, ou là-bas, dans les pays d’émigration.

La Cimade s’implique de plus en plus en réaction aux projets de loi réduisant les droits des immigrés :

Critique de la loi Bonnet-Stoleru de 1979 sur les conditions de séjour et de travail des étrangers

Grève de la faim à Lyon (1981) contre les expulsions de jeunes issus de l’immigration

Marche pour l’égalité et contre le racisme (1983)

Autorisation pour la Cimade d’être présente, par décret, dans les centres de rétention (1984)

Campagne nationale pour la défense du droit d’asile 

Participation au mouvement des déboutés du droit d’asile

Campagne œcuménique « accueillir l’étranger » (1993)

Soutien au mouvement des sans-papiers

Constitution du réseau Dom’Asile (1999)

Campagne contre la double peine (2001-2002)

Présence accrue dans les centres et les locaux de rétention ainsi que dans les prisons.

Critique de la « loi Sarkozy » (2006).

Appui au Réseau Education Sans Frontières

En 2007, la Cimade met au point et publie « 75 propositions pour une politique d’immigration lucide et réfléchie. » Ces propositions préparées pendant plusieurs mois par l’ensemble des équipiers de la Cimade répondent à 6 principes fondamentaux qui constituent aujourd’hui les bases politiques du travail de la Cimade :

- Rétablir la libre circulation des personnes

- Redonner sa force au Droit international et aux Droits de l’Homme

- Instaurer un Droit stable pour les étrangers

- Réaffirmer que  « tous les citoyens naissent libres et égaux en droits. »

- Permettre à chaque personne d’être citoyen du pays dans lequel elle réside

- Sortir de la logique d’enfermement et de renvoi forcé des étrangers.

Conclusion

La singularité de la Cimade qui se lit dans son histoire à travers les tragédies d’une grande partie du vingtième siècle repose sur quelques spécificités encore présentes aujourd’hui.

La Cimade est d’abord une action de témoignage ancrée dans une réflexion spirituelle, préalable à l’engagement.

C’est un témoignage de solidarité  envers les plus souffrants et une manifestation de la lutte de la vie sur la mort.

La Cimade est restée un mouvement et pas seulement une structure caritative.

Vouloir ainsi combiner l’action et les convictions  n’est pas toujours aisé à comprendre. Agir réellement, c’est travailler avec les forces politiques, administratives et financières, sans se perdre. Agir, c’est risquer d’oublier les raisons fondamentales de l’engagement. Agir pourrait conduire à la satisfaction de la mission accomplie, alors que les champs de mission issus de la mondialisation, de la croissance des inégalités et de leurs conséquences sur les exclus du développement ne cessent de s’agrandir.

À la lecture des éléments précédents, on peut constater qu’à chaque période de crise, qui d’ailleurs se succèdent sans interruption, la société est confrontée aux mêmes difficultés aux conséquences tragiques : la peur des autres qui conduit au rejet et au racisme, à la répression qui pense résoudre la crise par la force et par l’exclusion. Dans le meilleur des cas, un patient travail de réconciliation redresse momentanément la situation. La boucle infernale reprend quelque temps plus tard ou ailleurs, dans des contextes nouveaux avec un vocabulaire et des concepts légèrement modifiés, mais permanents et répétitifs.

Albert Camus écrivait en 1942 : « Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu’au sommet d’une montagne d’où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu’il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. » Le travail de Sisyphe qu’effectue la Cimade est-il « inutile et sans espoir ? » Il l’est probablement aux yeux de beaucoup car la Cimade ne rassemble qu’une poignée de personnes comparée à de bien plus grandes associations caritatives, alors que le problème des migrations et de leurs conséquences est d’ampleur comparable aux plus graves problèmes mondiaux (santé, catastrophes naturelles, guerres). Chaque cimadien ou ami de la Cimade, chaque donateur, persévère pourtant  depuis soixante dix ans à remonter des pierres car leur conscience, ou leurs convictions leur interdisent de regarder descendre les pierres, sans s’indigner du sort infligé aux plus faibles.

Une phrase de Dietrich Bonhoeffer inspire encore aujourd’hui  la manière de travailler de la Cimade: « Non pas planer dans le possible, mais saisir avec courage le réel. »

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Documents consultés :

- Madeleine Barot par André Jacques. Chez Labor et Fides. 1989

- Aux origines de la Cimade. Alain Guillemoles et Arlette Domon. 1990

- Cahiers d’histoire Cimade. N° 1, 2, 3 et 4. 1996 et 1997

- Réforme N° 765. Édition spéciale. Novembre 1959.

- Revue Cimade septembre 1991. Algérie, résurgence de la mémoire.

- Revue Cimade Causes Communes. Les cèdres de l’espoir, décembre 2004.

- Encyclopédie du Protestantisme. Cerf/Labor et Fides.

- Notes de Violette Mouchon dans les archives de la Cimade

- Les thèses de Pomeyrol.

- ÉTHIQUE de Dietrich Bonhoeffer. Labor et Fides.

 

Alain Brigodiot. Mars 2007.