La diaconie aujourd'hui, fraternité et espérance

M'appuyant sur l'expérience de l'Eglise ancienne, j'ai défini, (..) la diaconie comme du pain, du soin... portés par l'espérance et par la fraternité. II me semble que cette définition reste profondément pertinente aujourd'hui. Car fraternité et espérance font grandement défaut dans notre société. Et il n'est pas sûr qu'un état laïc puisse vraiment répondre à ce manque

Le désir de santé et de bien-être, très fort aujourd'hui, est, plus qu'hier, articulé à une demande de sens et d'espérance. Le malade veut être considéré dans toutes les dimensions de son être, et non comme « l'appendicite n°X ». Il ne sert pas à grand-chose de tenter de parler du salut de l'âme sans s'intéresser à la situation sociale de la personne, ni de soigner une maladie sans être attentif à ses dimensions relationnelle, sociale et spirituelle.

Où il est question d’unité

Cette affirmation de l'unité de la personne humaine à travers toutes ses composantes rejoint l'anthropologie biblique qui se refuse à dissocier corps et esprit. Pour la foi chrétienne, chacun est aimé de Dieu dans sa globalité ; corps, psychisme, relations avec les autres et avec Dieu, regard sur la vie, etc. : son être entier est concerné par le salut offert en Christ.
II y a là un encouragement adressé aux chrétiens engagés dans la diaconie à ne pas mettre sous le boisseau les convictions qui fondent leur espérance. L'appel les concerne d'abord personnellement: il importe qu'ils prennent le temps de ressourcer régulièrement leur engagement à la lumière du Royaume qui vient.
Car c'est la parole qui nous nourrit qui fait que notre engagement est diaconal, bien plus que celle que nous prononçons. Mais cette ouverture à la globalité de la personne concerne aussi les usagers de la diaconie ; cela exige en particulier que la question du sens ait pleinement place dans les lieux diaconaux - qu'elle y soit même favorisée par la présence de personnes formées à accompagner ce type de questionnement -, et que l'Evangile puisse être proposé sans être jamais imposé.

Frères de qui ?

La demande de fraternité est-elle aussi très forte dans une société profondément fragilisée par l'individualisme ?
A l'heure où les solidarités traditionnelles s'effritent et où la solitude touche tant de personnes, la fraternité est l'une des richesses que les chrétiens peuvent faire rayonner autour d'eux.
Mais la communion fraternelle peut-elle être vécue effectivement en dehors du cercle des croyants ? L'action diaconale ne risque-t­elle pas, en s'élargissant et en s'institutionnalisant, de perdre la dimension communautaire qui la définit ? (…) les relations de fraternité fondées sur la communion en Christ sont-elles possibles en dehors de la communauté chrétienne ?
Deux modèles sont là possibles, l'un qui insiste sur l'amour de Dieu pour toute l'humanité et souligne que nous sommes tous dépendants de cet amour, l'autre qui privilégie la réponse de l'homme et distingue radicalement les convertis des autres. Dans le second modèle, la fraternité dépend du « oui » à Dieu prononcé par chacun, dans le premier - que, pour ma part, je préfère -, elle est donnée par la commune qualité d'enfants de Dieu des interlocuteurs, qu'ils la reconnaissent ou non.

Vivre une telle fraternité est difficile, le danger étant que l'universalité conduise à un certain affadissement. Mais ce n'est pas à aimer indistinctement toute l'humanité que nous sommes appelés, c'est à aimer le prochain qui frappe à notre porte. Et le chrétien n'est-il pas un mendiant, lui aussi, comme Luther le disait ? Reconnaître notre propre pauvreté devant Dieu crée avec celui qui est dans le besoin une proximité concrète qui nous aide à l'accueillir réellement comme un frère en humanité.

Au-delà des pesanteurs de l'institution, des contraintes de l'administration et sans négliger les richesses des savoirs et techniques laïques, la vocation des institutions diaconales est d'être des lieux d'espérance et de fraternité pour tous. En Dieu, est-ce vraiment impossible ?

Isabelle Grellier
Faculté de Théologie protestante – Strasbourg
La Voix Protestante – décembre 2002